Mais vieillir… ô vieillir !

La visite régulière à une « maison de repos » – quel euphémisme ! – n’a rien de bien affriolant. Ces corps tourmentés, ces esprits plus ou moins délabrés, sont donc au repos, dans l’attente de cet autre, inéluctable, définitif, éternel.

Les fonctions vitales qu’on ne contrôle plus, les souvenirs dont il ne reste que quelques lambeaux épars, la lente et inexorable dégradation de ce qu’a pu être un humain nous offrent le spectacle effrayant de ce que nous espérons à tout crin ne pas devenir.

À ces plus tout à fait vivants, des soignants trop peu nombreux, trop pressés, parfois pressurés, trouvent encore la force de témoigner respect et amitié à travers les gestes triviaux du quotidien. Tôt ou tard, nous avons bien des chances de nous retrouver à leur merci, de devoir abandonner à leur bienveillance nos restes d’humanité, en espérant – mais serons-nous encore capables du moindre espoir – tomber sur des âmes miséricordieuses qui n’auront pas été déjà broyées par l’impitoyable business des vieillards. Car, pour décharnés que nous soyons devenus, il y aura aussi des vautours pour s’engraisser sur nos carcasses.

Alors peut-êre, comme d’autres aujourd’hui, attendrons-nous impatiemment la fin du voyage; peut-être même en serons-nous réduits à implorer que quelqu’un mette le point final à un calvaire qui n’aura aucun sens.

Mais peut-être aussi la vie nous fera-t-elle l’ultime cadeau, celui dont nous ne serons jamais conscients: un arrêt brusque, sans préavis, une sortie de scène bien nette.

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