chômage

Bureau de chômage.

C’est le titre d’un film documentaire de  Anne Schiltz et Charlotte Grégoire, tourné dans un bureau de chômage, passé récemment à la télé.

Synopsis:

Une administration, des bureaux cloisonnés, des personnes assises en vis-à-vis. D’un côté de la table, des chômeurs. De l’autre, des contrôleurs. L’enjeu des entretiens : le maintien des allocations de chômage. S’y opposent la rigidité de la procédure à la singularité des hommes et des qui y sont soumis. La vie, leur vie, est un tissu d’histoires. Le film interroge le sens du travail aujourd’hui, et ce, dans un où l’emploi est de plus en plus précaire, où l’insécurité des travailleurs et des chômeurs est de plus en plus grande, où le modèle de l’Etat-Providence se réduit comme peau de chagrin.

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On y assiste, impuissant, à un défilé d’hommes et de femmes sans emploi, obligés de justifier de leur recherche active d’emploi face à une administration tatillonne, sous peine de se voir exclus du système, et de perdre leur maigre allocation. Manifestement, les histoires personnelles ne comptent pas: seuls valent les documents. Au malheur de l’exclusion sociale et de la précarité s’ajoute l’humiliation de se voir traité comme un suspect. Si tu n’as pas de travail, c’est forcément de ta faute. Si à 40 ou 50 ans, plus personne ne veut t’embaucher, ce n’est pas une excuse pour ne pas apporter régulièrement des preuves suffisantes de ta quête inutile.

Pourtant, les statistiques mêmes de l’État belge le montrent clairement, malgré les gesticulations d’un monde plus prompt à exclure qu’à soutenir: du travail, il n’y en a pas pour tout le monde. En 2015, pour 421390 chômeurs, il y avait 151026 emplois vacants, dont 23631 en interim. C’est dire que 64 % des chômeurs n’ont AUCUNE chance de décrocher un emploi. Et ceci ne dit rien de la qualité de ces emplois, ni de leurs rémunérations.

Un État qui impose à des dizaines de milliers de ses citoyens de remplir le tonneau des Danaïdes, que peut-il encore valoir ? Dépenser des sommes folles pour un contrôle de l’inutile, est-ce une réponse adéquate à une situation sociale difficile ?

Aujourd’hui, un nouveau pas est franchi par le parti libéral wallon dans l’arrogance méprisante vis-à-vis des victimes d’une société de plus en plus impitoyable: ces gens souhaiteraient rendre obligatoire une formation aux métiers dits « en pénurie » pour les chômeurs « peu qualifiés ». Obligatoire, sous peine de sanctions, évidemment, c’est-à-dire sous peine de perdre, à nouveau, l’allocation de chômage. Sans se préoccuper des causes de cette sous-qualification, sans se rendre compte que nombre de formations ne sont pas accessibles à ces personnes « peu qualifiées » qui n’en maîtrisent pas les prérequis, en feignant d’ignorer que souvent les employeurs subordonnent l’embauche à un « stage » de chômage suffisamment long que pour bénéficier d’avantages. Et que dire des métiers « en pénurie », lorsque ce sont des postes d’informaticiens ou menuisiers qu’on met en avant, comme si une « formation », fût-elle obligatoire, pouvait suffire à doter un « demandeur d’emploi peu qualifié » des connaissances et habiletés qui ne s’acquièrent qu’après plusieurs années d’études ?

Une fois de plus de plus, c’est la chasse aux pauvres que l’on organise, ces profiteurs impénitents, ces empêcheurs de s’enrichir en rond. Plutôt que d’investir dans une action sociale digne de ce nom, plutôt que de construire un juste et performant, plutôt que de lutter contre la concentration honteuse des richesses dans quelques , plutôt que d’attaquer le mal à la racine, on préfère masquer les symptômes, faire disparaître à coups d’exclusion les victimes les plus directes du fiasco.

En prétendant lutter contre la « fraude sociale » de quelques-uns, ces politiciens irresponsables appliquent aux allocataires sociaux  le « tous pourris » dont ils s’offusquent qu’on ose qualifier la classe politique.

Décidément, ni la décence, ni le bon sens, ni l’humanité ne sont au programme. Les conséquences risquent fort d’être dramatiques, pour nous tous.

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