impuissance

Impuissance

Aujourd’hui c’est le bourbier syrien et l’agonie d’Alep qui attirent tous les regards d’un sidéré, paralysé. C’est une crise aigüe contre laquelle personne ne semble trouver de remède, mais c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. Abasourdis par les attentats perpétrés sur notre sol, nous refusons désormais de voir l’extrême et les massacres qui sévissent un peu partout dans ce , nous les masquons derrière le paravent des sans âme, des considérations techniques, des calculs électoralistes.

Quelques-uns, dont je suis, s’indignent et tentent bien un cri, vite noyé dans un océan d’indifférence, pour ne pas dire pire.

Pourtant, même si les intérêts en jeu, économiques ou géostratégiques, nous dépassent, en laissant nos gouvernements jouer à la fois le repli identitaire stérile et la soumission aux multinationales mortifères, nous nous faisons complices de toutes ces exactions, qui se commettent aussi à notre porte, et en notre nom. Comment expliquer, comment admettre que dans une riche, membre d’une Union Européenne tout aussi riche, une portion importante de la population végète dans la pauvreté (15 % en Belgique, 17 % en ) ? Et quand il s’agit des enfants, la proportion grimpe encore.

De partout, les gens soumis à des conditions de vie impossibles cherchent un refuge: les SDF de nos villes dans les abris de nuit ou les encoignures de portes, les de tout bord dans des centres d’accueil ou des camps de fortune.

Certains tentent d’opposer les uns aux autres, nos « bons » pauvres aux « profiteurs » venus d’ailleurs, sans se rendre compte que ce sont les mêmes humains harassés, transis, pourchassés, qui ne sont coupables de rien sinon d’exister. Nos responsables politiques nous présentent la misère des autres comme un danger pour nous, dont il faut à tout prix se protéger. Comment ne voient-ils pas, au contraire, que ce sont eux-mêmes qui mettent en péril l’existence de ces gens, en jouant au Monopoly avec les peuples et leurs ressources pillées sans vergogne, en jouant au Stratego avec des États dont les habitants ne sont que des pions sans valeur.

En leur collant l’étiquette d’ « illégaux », nos pitoyables dirigeants enlèvent aux fuyards leurs derniers restes d’existence humaine, et les traitent, compris, comme des nuisibles dont il faut se débarrasser. N’étant plus vraiment humains, rien ne s’oppose plus à leur enfermement ou à leur déportation.

Le constat est posé: notre monde, et nous avec lui, allons mal. Cette situation révoltante, ici et ailleurs, nous laisse impuissants. Pour ne pas perdre définitivement notre âme, il nous reste bien peu de choix: une main tendue aux uns, un cri de protestation adressé aux autres. Et l’espoir de ne pas être trop seuls à ne pas tout-à-fait renoncer face à l’impuissance.

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